Publication des pré-actes de la conférence internationale "Quel développement urbain pour la ville poste-crise?"

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Un colloque, des perspectives imbriquées

Préface de M. Jovenel MOÏSE, Président de la République d’Haïti

Port-au-Prince, 11 avril 2017

Quel développement urbain pour « la ville post-crise ? », tel est le thème retenu par le comité d’organisation scientifique du colloque devant restituer les résultats des travaux de recherche réalisés dans le Programme de Recherches dans le Champ de l’Urbain (PRCU) intitulé :

« Port-au-Prince : entre vulnérabilités et croissances urbaines, constructions d’une métropole caribéenne ».

La tenue de ce colloque en Haïti, sept ans après le séisme qui a dévasté le territoire de Port-au-Prince et celui de plusieurs villes du Département de l’Ouest, témoigne de tout l’intérêt de la communauté scientifique à la fois nationale et internationale pour les questions urbaines.

Cette manifestation scientifique interpelle l’Etat haïtien sur la nécessité d’accorder, dans ses politiques publiques, une attention de plus en plus importante à ce champ. Personnellement, je prends acte de l’intérêt de ces deux communautés qui, pour l’occasion, entendent croiser leurs regards sur des réalités et des sujets complexes, dans des villes qui ont traversé des crises. Plus que de l’intérêt, ce sont des engagements qui sont ici témoignés.

Le colloque dont il est question ici marque, en effet, la clôture d’une première phase du PRCU, ou tout au moins celle d’un PRCU. Mais pas seulement, ni simplement. Débuté en décembre 2014, avec un financement de l’Union Européenne, 10e FED au travers du programme PARAQUE, ce programme est fondé sur un partenariat entre quatre universités et six centres de recherches :

  1. L’Université Paris 8 avec l’UMR Ladyss : Laboratoire dynamiques sociales et recomposition des espaces.
  2. l’Université d’Etat d’Haïti, avec l’Ecole Normale Supérieure et le laboratoire Dynamiques des Mondes Américains le LADMA.
  3. L’Ecole Fédérale Polytechnique de Lausanne, avec le Centre de Coopération et Développement le CODEV ainsi que la Communauté d’Etude pour l’Aménagement du Territoire la CEAT.
  4. L’Université Quisqueya avec le Centre de Recherches et d’Appuis aux politiques urbaines (CRAPU) et le Laboratoire de Qualité de l’Eau et de l’Environnement (LAQUE).

Le PRCU s’est, bien avant le lancement en 2013 de l’appel d’offre par l’Union Européenne (UE), ouvert par une coopération pédagogique entre l’université de Paris 8 et l’Université d’Etat d’Haïti (UEH). Cette coopération, à l’origine axée sur la formation de jeunes Haïtiens en master de Géographie au sein de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de l’UEH, fut la base d’une perspective scientifique doublement marquée. La première, s’inscrivait dans le cadre des recherches en master, puis en thèse de doctorat de géographie, selon une formule innovante : la délocalisation de la formation. La seconde perspective est institutionnelle.

Elle se concrétisa par l’émergence d’une structure de recherche, le Laboratoire des Mondes Américain (LADMA) à l’ENS de l’UEH. Cette coopération scientifique permit, entre autres, au binôme ainsi constitué « l’UMR Ladyss de Paris 8 – le LADMA de l’UEH », d’étudier : (i) les périphéries urbaines de Port-au-Prince, et (ii) les vulnérabilités des grandes « artères écologiques », à Port-au-Prince.

Dans cette mouvance de mutualisation des ressources humaines et matérielles, en répondant aux exigences de l’UE, notamment l’implication de l’UEH et de l’Université Quisqueya (uniQ) dans le montage et la mise en oeuvre, le PRCU s’est transformé en dispositif de renforcement du partenariat scientifique, issu du Réseau d’Excellence en Sciences de l’Ingénieur de la Francophonie (RESCIF), entre l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) et l’uniQ, lequel débouche aujourd’hui sur la création du Master en gestion et planication urbaine à l’uniQ. Dans le cadre du PRCU, le binôme « CRAPU et LAQUE de l’uniQ – CODEV et CEAT de l’EPFL » facilite une nouvelle compréhension des systèmes informels qui produisent la ville.

Aujourd’hui, ces deux coopérations débordent le cadre bilatéral, pour s’inscrire dans celui plus large de l’échelle multilatérale, et multi-partenariale. On retrouve cette échelle d’ouverture à l’occasion de ce colloque, et dans ces pré-actes. Les différents acteurs de cette coopération, animateurs du PRCU, en mettant à contribution leurs différents réseaux, permettent de disposer d’expériences venues des horizons les plus divers.

Au total plus de soixante propositions de communications ont été enregistrées ; les auteurs individuels ou collectifs, proposent des éclairages sur des terrains éclatés à l’échelle planétaire, et concernent de nombreux pays dont les apports à la crise et à la sortie de crise sont convoqués et mis en débat ici : Mexique, Venezuela, Italie, Liban, Côte d’Ivoire, Mali, République centrafricaine, Tchad, etc. Cette diversité est le signe que la crise est intemporelle et que géographiquement, elle n’a pas de frontière.

Les déclinaisons de la crise, comme ses analyseurs, sont tout autant diversifiées. La santé, l’eau, l’électricité, l’éducation, l’urbanisme, l’aménagement, les transports, les activités économiques, tous les éléments constitutifs du socle des sociétés et de leurs territoires sont bien présents. Présents également dans cet ouvrage sont les individus, leurs pratiques, leurs rapports à l’espace, et aux institutions, etc. Les acteurs, une catégorie où l’on retrouve pêle-mêle l’Etat, les collectivités locales, les institutions internationales, les ONG, le corps associatif, tiennent une place justement légitime dans les préoccupations…Toutes ces expériences sont proposées en partage avec d’autres, d’autres expériences de crise, d’autres équipes pédagogiques, d’autres équipes scientifiques.

A lire toutes ces contributions, elles révèlent, tant dans la réflexion que dans l’action, des envies de coopération et de partenariats. Et les velléités sont nombreuses, qu’elles soient haïtiennes, ou étrangères, pour aller de l’avant. Mais la transformation des velléités en des actions de coopération, qui impliquent, dans des positions égales des acteurs haïtiens et étrangers demeure plutôt rares, sinon faibles. Surtout les actions de coopération qui prennent le pari de la durée, de la durabilité, fondée sur le respect mutuel des parties.

Quelle est notre perspective, pour transformer ces velléités, ces prédispositions ? Notre perspective est celle d’une coopération qui s’ancre dans la durée, une coopération qui parie sur des regards croisés autour d’enjeux communs. Des regards croisés sur des objets, sur des sujets, où les parties s’accordent pour identifier, pour analyser et mesurer la pertinence des choix par rapport aux environnements complexes de notre pays, de ses campagnes et de ses villes. Ces environnements sont sociaux, et concernent la jeunesse, mais aussi d’autres groupes, des travailleurs aux investisseurs, aux forces d’alerte et d’innovation sociales. Des enjeux communs traversent ces environnements : l’éducation, la formation, les déplacements, la santé, l’eau, l’énergie, mais aussi l’économie, autour des activités agricoles, de la pêche, de l’artisanat, de la manufacture, des services…

Cette perspective a deux niveaux d’exigence. Le premier est celui de la responsabilité, et le second, indissociable du premier, celui des ressources, budgétaires en l’occurrence.

Chacun de ces niveaux est de notre responsabilité, en Haïti. Notre responsabilité est celle de l’initiative à partir d’une connaissance fine des environnements ci-haut déclinés. Elle est de l’établissement des choix stratégiques pour le futur, et de la juste et clairvoyante détermination des conditions de réalisation. Ces conditions en appellent aussi à notre responsabilité, celle de développer les ressources humaines, celles de mettre en place le cadre réglementaire requis, celle de fournir les institutions crédibles et mobilisatrices.

Les attentes en la matière sont du côté des universitaires et des scientifiques haïtiens qui attendent que soient formulées les priorités de la recherche, et celles, indissociables de la formation, tous paliers de cette dernière.

La perspective budgétaire ! Elle conditionne à coup sûr la première, au moins sa réalisation dans les calendriers. Cette perspective est celle où les acteurs publics, à commencer par l’Etat central, joue sa crédibilité et son rapport à la société nationale. Et sur ce point, quelle autre signe d’une foi en l’avenir, d’un engagement à l’égard des acteurs et animateurs de notre système national de formation et de recherche, que la constitutionnalisation de ces deux activités ? Constitutionnaliser, c’est inscrire systématiquement dans toutes les lois de finance, une dotation annuelle en faveur de la recherche et de la formation. Témoigner ainsi notre engagement aux côtés de nos enseignants et chercheurs, pour plus de coopération scientifique et universitaire profitable à tous.

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